discussions pédagogiques 4/ Aïkido...

Publié le par jdmichat

Le "bachotage" est lié à l'idée même de l"examen". Les niveaux, l'évaluation, les classements, les critères, tout cela est très occidental (je ne dis pas bon ou mauvais !) et l'analyse comme la méthodologie sont même une spécialité française ! L'état d'esprit dans lequel certains viennent en cours, pour "consommer" un savoir faire, n'a naturellement pas la même finalité que celui qui viens suivre la voie, pour trouver "sa" voie. Je ne connais pas les différentes approches des différentes écoles mais je peux témoigner de ce que m'apporte celle ou je pratique:

Je suis professeur de saxophone. J'enseigne à des étudiants qui ont entre 18 et 25 ans. Le système conservatoire français est, vous vous en doutez extrêmement hiérarchisé. Je me rappelle avoir été stupéfait lors des premiers cours d'aïkido: pas de cours par niveaux, pas ou peu d'explications du senseï, une bienveillance permanente (on ne se juge pas, on ne retiens que ce qui fonctionne), on prends le temps de lâcher...
Première réaction..."tiens, une secte" ;-) !
Deuxième réaction: "mais pourquoi on ne m'enseigne pas A, puis B, puis C etc...ce serait plus efficace !"

Au fil du temps, j'ai compris. OK tout est imbriqué, c'est à moi de chercher, et quand je trouve j'ai non seulement saisi la technique mais j'ai surtout trouvé une partie de moi, car le cheminement personnel qui m'a conduit à la découvrir en fait MA technique (sans cesse remise en cause par le cours suivant on le sait tous ;-))
Alors évidement, ça prends du temps, plus de temps que le copié collé qui donne une illusion de progression rapide, mais ne développe rien de fondamental. De plus, on est obligé d'apprendre qu'il n'y aura jamais de fin, on ne sera jamais au "top niveau" mais juste à SON niveau.
Sans vouloir faire de la philosophie à 2 balles, j'aime assez cette idée suivant laquelle "en arts martiaux, on se prépare à combattre, et on se prépare à mourir". L'acceptation de la mort comme une donnée de la vie aide vraiment à se remettre en place, à relativiser et in fine, à lâcher prise.

J'ai enseigné dans un peu plus de 20 pays et je dois dire que cette acceptation du "il faut laisser le temps eu temps" est intimement lié à la culture japonaise. Pour avoir donné cours dans 4 villes nippones et pour avoir en permanence entre 2 et 4 étudiantes japonaises dans ma classe, je dois avouer que cette patience et cet esprit de non compétition sont tout à fait remarquables. C'est une belle leçon de "vivre ensemble dans le respect des différences". C'est pas non plus le pays des bisounours on est d'accord, mais l'aïkido m'a révélé en tous cas ce qu'il peux y avoir de meilleur dans ce type d'enseignement et dans un monde ou tout n'est que rentabilité, objectifs et planning, ce respect du temps de l'humain est une oasis qui change ma vie, bien plus que 2 fois par semaine sur les tatamis :-)...

En ce qui concerne les critères d'évaluation enfin, les japonais acceptent tout simplement les conseils des anciens. A partir du moment ou l'étudiant est prêt à recevoir l'enseignement des plus avancés, nul besoin de longues explications ou de mises en cases pour se justifier. On fait CONFIANCE (ce qui par ailleurs rends la responsabilité du prof beaucoup plus grande!!!...on ne peux jamais dire en cas d'erreur de l'étudiant japonais ..."aagh, il na pas fait ce que je lui ai dit de faire.... :lol: " !

Merci à l'aïkido en tous cas, merci O senseï, merci mes senseï, merci à tous ceux qui transmettent cet art extraordinaire !

Commenter cet article