Discussions pédagogiques(2): chef d'oeuvre et universalité

Publié le par jdmichat

Suite à un questionnement sur l’interprétation chez Bach, j’ai eu l’outrecuidance d’utiliser avec respect (honte à moi) les mots « universel » et  « chef d’œuvre ». Ces concepts me sont aussitôt revenus en pleine figure comme éculés et nauséabonds, relents post colonialistes de musiciens occidentaux élitistes et plutôt réacs…(pour faire court).

 

On me rétorque, goguenard, « c’est quand même bizarre que tous les chef d’œuvres soient issus de la musique classique occidentale ! »…Mais qui a dit ça ? C’est ce que je suis a priori sensé penser parce qu’on m’a étiqueté d’emblée « professeur au conservatoire » ?

Je n’ai pas appris ces termes dans les livres ! Je les utilise parce que je les ai vécus dans la vingtaine de pays qui a eu la gentillesse de m’inviter pour partager notre art. Dans le monde entier, les cultures possèdent des œuvres considérées par leurs pairs comme faisant référence. Quand j’ai assisté au gagaku japonais, au flamenco de Casa Patas, aux liturgies orthodoxes de la cathédrale de Moscou, ou aux chants zoulous de Cape town j’ai pu ressentir cette quête de perfection, cette qualité de l’écoute et de l’inspiration. Je n’ai pas pu comprendre avec mon cerveau bien sûr, mais j’ai pu ressentir avec mon cœur et c’est pour cette « raison » que l’art élève et nous transcende : quand l’œuvre est pure dans le cœur de celui qui la crée et quand l’écoute est pure chez celui qui la reçoit, alors on touche au compassionnel, c’est le critère du chef d’œuvre qui touche à l’universel : il transmet la beauté du fond et non de la forme.

 

En ce sens, Oui je pense vraiment qu’il existe des chef d’œuvres qui soient compréhensibles et perçus comme tels par tous les peuples quelles que soient leur origine et leur culture, par delà les âges, les frontières, les croyances et la force des « habitudes ».

Oui, le sens de la forme, l’équilibre, la respiration, la fluidité, la vibration des cœurs et l’évidence sont des notions communes à tous…tout simplement parce que les sujets qui les inspirent : l’amour, la mort, la peur, le désir, la compassion sont communs à tous (même si les cultures ne les traitent pas de la même manière).

 

Merci à ceux qui n’ont pas encore vécu cela de ne pas dire que ça n’existe pas, mais plutôt de chercher un bon professeur pour leur enseigner ce que l’art a de plus exigent et de plus profond : percevoir ce qui nous rassemble et non ce qui nous divise.

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jd michat 21/10/2010 18:24


Le chant et la danse...c'est tout à fait juste, et pour rendre à César, cette formule m'a été enseignée par Guy Reibel, alors professeur de composition au CNSM de Paris.
C'est sans doute une des pensées les plus justes qu'il m'est été donné de recevoir et donc de transmettre à mon tour. Qu'elle que soit l'application, elle est immédiatement comprise dans son sens
profond, efficace et pertinente.


Aimé Vareille 05/10/2010 14:57


Je suis traversé par la transmission des valeurs de l'universalité et de la beauté : à l'instant la conférence "Musique 2.0" organisée par les bibliothèques de l'Isère à Saint Marcellin (cf.
http://www.bdp38.fr/ )discute des évolutions des transmissions de ces connaissances par l'internet par le téléchargement, le streaming ; le conférencier demandait une définition de la musique je me
suis permis de lui rappeler celle que je crois vous avoir entendu proposée lors d'un cours public à l'école de musique d'Evian : le chant et la danse. Ma mémoire est fidèle ? C'était pour rappeler
aux bibliothécaires que la pratique musicale est tout aussi importante que la culture de son écouté, parce que cette conférence présente principalement les nouveaux usages consuméristes.