Enseignant à Osaka, ville d'origine de maître Kobayashi, Jiro Kimura perpétue le style et la philosophie de son illustre aîné.
Leur site n'est malheureusement accessible qu'en japonais...mais les images sont assez parlantes!
Bienvenue sur cette composante perso mais complémentaire du site professionnel www.jdmichat.comEnseignant à Osaka, ville d'origine de maître Kobayashi, Jiro Kimura perpétue le style et la philosophie de son illustre aîné.
Leur site n'est malheureusement accessible qu'en japonais...mais les images sont assez parlantes!
Le "bachotage" est lié à l'idée même de l"examen". Les niveaux, l'évaluation, les classements, les critères, tout cela est très occidental (je ne dis pas bon ou mauvais !) et l'analyse comme la
méthodologie sont même une spécialité française ! L'état d'esprit dans lequel certains viennent en cours, pour "consommer" un savoir faire, n'a naturellement pas la même finalité que celui qui
viens suivre la voie, pour trouver "sa" voie. Je ne connais pas les différentes approches des différentes écoles mais je peux témoigner de ce que m'apporte celle ou je pratique:
Je suis professeur de saxophone. J'enseigne à des étudiants qui ont entre 18 et 25 ans. Le système conservatoire français est, vous vous en doutez extrêmement hiérarchisé. Je me rappelle avoir
été stupéfait lors des premiers cours d'aïkido: pas de cours par niveaux, pas ou peu d'explications du senseï, une bienveillance permanente (on ne se juge pas, on ne retiens que ce qui
fonctionne), on prends le temps de lâcher...
Première réaction..."tiens, une secte"
!
Deuxième réaction: "mais pourquoi on ne m'enseigne pas A, puis B, puis C etc...ce serait plus efficace !"
Au fil du temps, j'ai compris. OK tout est imbriqué, c'est à moi de chercher, et quand je trouve j'ai non seulement saisi la technique mais j'ai surtout trouvé une partie de moi, car le
cheminement personnel qui m'a conduit à la découvrir en fait MA technique (sans cesse remise en cause par le cours suivant on le sait tous
)
Alors évidement, ça prends du temps, plus de temps que le copié collé qui donne une illusion de progression rapide, mais ne développe rien de fondamental. De plus, on est obligé d'apprendre qu'il
n'y aura jamais de fin, on ne sera jamais au "top niveau" mais juste à SON niveau.
Sans vouloir faire de la philosophie à 2 balles, j'aime assez cette idée suivant laquelle "en arts martiaux, on se prépare à combattre, et on se prépare à mourir". L'acceptation de la mort comme
une donnée de la vie aide vraiment à se remettre en place, à relativiser et in fine, à lâcher prise.
J'ai enseigné dans un peu plus de 20 pays et je dois dire que cette acceptation du "il faut laisser le temps eu temps" est intimement lié à la culture japonaise. Pour avoir donné cours dans 4
villes nippones et pour avoir en permanence entre 2 et 4 étudiantes japonaises dans ma classe, je dois avouer que cette patience et cet esprit de non compétition sont tout à fait remarquables.
C'est une belle leçon de "vivre ensemble dans le respect des différences". C'est pas non plus le pays des bisounours on est d'accord, mais l'aïkido m'a révélé en tous cas ce qu'il peux y avoir de
meilleur dans ce type d'enseignement et dans un monde ou tout n'est que rentabilité, objectifs et planning, ce respect du temps de l'humain est une oasis qui change ma vie, bien plus que 2 fois
par semaine sur les tatamis
...
En ce qui concerne les critères d'évaluation enfin, les japonais acceptent tout simplement les conseils des anciens. A partir du moment ou l'étudiant est prêt à recevoir l'enseignement des plus
avancés, nul besoin de longues explications ou de mises en cases pour se justifier. On fait CONFIANCE (ce qui par ailleurs rends la responsabilité du prof beaucoup plus grande!!!...on ne peux
jamais dire en cas d'erreur de l'étudiant japonais ..."aagh, il na pas fait ce que je lui ai dit de faire....
" !
Merci à l'aïkido en tous cas, merci O senseï, merci mes senseï, merci à tous ceux qui transmettent cet art extraordinaire !
« C’est subjectif ».
Voilà un commentaire devant lequel j’avoue m’être souvent trouvé désarmé. Je parle effectivement souvent de choses senties, ressenties, suggérées, effleurées, supposées, de magie, d’innéfable…beaucoup d’éléments que finalement je ne peux pas prouver ou mettre dans des cases pour obtenir des éléments d’évaluation « paramétrables ». Tout cela est-il pour autant subjectif ?...A bien y réfléchir je me dis que non. L’explication paraîtra prétentieuse et déplaira sans doute à tous ceux qui ont appris la musique dans les livres ou qui en parlent généreusement sans la pratiquer.
Je dirais volontiers que tous ceux qui ont encore à passer des concours pour prouver ou obtenir quelque chose doivent admettre de facto que des critères de jugements leur échappent. Si ce n’était pas le cas, ils seraient de l’autre coté de la table. Je dirais même que cette manière de penser est un préalable à tout statut « vivable » d’étudiant. D’un côté « on
n' apprend pas à ses parents à faire des enfants » et d’un autre « on ne peut pas enseigner à des gens qui n’ont pas envie d’apprendre ».
A la limite, le jugement d’une finale de concours international, avec orchestre, sur des concertos différents peut être effectivement subjectif. En dessous (ça ne me choque nullement de dire ça ouuuuuuuuuh) et bien non, rien n’est subjectif. L’idée de ne plus avoir de concours à passer est symptomatique car à un « certain » niveau (non subjectif puisque défini comme suit) on ne peut plus être « comparé à », l’identité artistique est là, entière, assumée et personnelle donc unique.
A partir de là, tous les artistes sont différents et l’idée de les évaluer n’effleure l’esprit de personne ! Si évaluation il y a, c’est que l’artiste est un artiste en herbe et que, même bourré de talent, il doit s’en remettre corps et âme à ceux qui ont dépassé ce stade pour s’épanouir pleinement. Ne pas croire en ses pairs c’est ne pas croire en son art.
Suite à un questionnement sur l’interprétation chez Bach, j’ai eu l’outrecuidance d’utiliser avec respect (honte à moi) les mots « universel » et « chef d’œuvre ». Ces concepts me sont aussitôt revenus en pleine figure comme éculés et nauséabonds, relents post colonialistes de musiciens occidentaux élitistes et plutôt réacs…(pour faire court).
On me rétorque, goguenard, « c’est quand même bizarre que tous les chef d’œuvres soient issus de la musique classique occidentale ! »…Mais qui a dit ça ? C’est ce que je suis a priori sensé penser parce qu’on m’a étiqueté d’emblée « professeur au conservatoire » ?
Je n’ai pas appris ces termes dans les livres ! Je les utilise parce que je les ai vécus dans la vingtaine de pays qui a eu la gentillesse de m’inviter pour partager notre art. Dans le monde entier, les cultures possèdent des œuvres considérées par leurs pairs comme faisant référence. Quand j’ai assisté au gagaku japonais, au flamenco de Casa Patas, aux liturgies orthodoxes de la cathédrale de Moscou, ou aux chants zoulous de Cape town j’ai pu ressentir cette quête de perfection, cette qualité de l’écoute et de l’inspiration. Je n’ai pas pu comprendre avec mon cerveau bien sûr, mais j’ai pu ressentir avec mon cœur et c’est pour cette « raison » que l’art élève et nous transcende : quand l’œuvre est pure dans le cœur de celui qui la crée et quand l’écoute est pure chez celui qui la reçoit, alors on touche au compassionnel, c’est le critère du chef d’œuvre qui touche à l’universel : il transmet la beauté du fond et non de la forme.
En ce sens, Oui je pense vraiment qu’il existe des chef d’œuvres qui soient compréhensibles et perçus comme tels par tous les peuples quelles que soient leur origine et leur culture, par delà les âges, les frontières, les croyances et la force des « habitudes ».
Oui, le sens de la forme, l’équilibre, la respiration, la fluidité, la vibration des cœurs et l’évidence sont des notions communes à tous…tout simplement parce que les sujets qui les inspirent : l’amour, la mort, la peur, le désir, la compassion sont communs à tous (même si les cultures ne les traitent pas de la même manière).
Merci à ceux qui n’ont pas encore vécu cela de ne pas dire que ça n’existe pas, mais plutôt de chercher un bon professeur pour leur enseigner ce que l’art a de plus exigent et de plus profond : percevoir ce qui nous rassemble et non ce qui nous divise.
Jusqu'à présent, pas d'a priori sur le CEFEDEM Lyon.
Suivant une formule que j'affectionne et applique à moi-même, quand on ne sait pas, on se tait. Ne sachant rien car n'ayant jamais travaillé avec eux, je me contentais d'y envoyer mes étudiants souhaitant suivre la voie naturelle de l'apprenti enseignant en musique. Quant aux rumeurs, ragots, les guéguerres ne m’intéressent pas, je ne juge que par moi-même, c’est la règle ; je ne compte plus d'ailleurs le nombre de mes anciens étudiants ayant préparé et réussi le concours d'entrée.
Sur l'invitation justement d'un ancien de la classe ayant eu le talent d'intégrer à la fois le cursus en saxophone et en musique traditionnelle je me suis rendu à un débat sur la création et l'interprétation.
Je ne souhaite pas ici laver mon linge sale, lâchement protégé derrière mon écran sans riposte possible des mes interlocuteurs d’un jour. Je vais donc essayer d’éclairer (en restant calme, l’aïkido m’aide à ça) certains points de mon discours.
A la question « que doit-on apporter à un élève de 1er cycle j’ai répondu dans les 3 minutes qui m’étaient imparties » :
« Le cours de musique est un sanctuaire, l’enseignant a globalement 2 missions : d’abord aider l’élève à faire le vide, à se défaire des influences extérieurs (matraquage commercial, regard des autres, tous ce qui complique au quotidien la possibilité d’être soi-même) puis, une fois détaché du monde qui nous harcèle, localiser la fibre créatrice qui souffle en chacun de nous, l’invention, la pureté de l’imaginaire pour l’attiser et la faire grandir ».
Sur quoi on me répond : « donc vous videz l’élève de tout ce qui fait sa personnalité, sa culture pour ensuite le mettre dans votre moule »…
Oups !…d’abord je persiste à penser que tout ce qui fait la personnalité de l’élève au sens le plus profond n’est pas dans les influences anecdotiques du quotidien (je ne parle évidement pas de ses origines familiales, sociales, géographiques qui n’ont rien d’anecdotiques). Une grande part de ce qu’il est existe dès sa naissance et le but n’est pas d’en changer (c’est impossible) mais bien au contraire d’éduquer et de magnifier ce qu’il est déjà. A ce titre, c’est bien l’influence de la vie en société qui pollue la personnalité profonde des individus. « On est vraiment soi-même qu’une fois assis sur le trône… » disait un ami, grand penseur et artiste sillonnant la planète. Je le crois. Il faut du temps avant que le masque tombe, il faut du temps avant que l’élève ose être sensible dans un monde où l’émotion est une tare. Il faut du temps avant que l’élève relâche son corps dans un monde où la carapace est de rigueur. Il faut du temps avant que l’élève s’ « abandonne » à l’autre dans un monde où l’autre, c’est l’ennemi.
Il faut du temps avant que l’élève arrive à se concentrer, au sens littéral…
…Et l’art, tel que je le conçois, cette expression directe de ce que l’on est dans sa plus stricte intimité ne peut naître que lorsque l’artiste a accepté de faire tomber tous les masques.
Le chemin est long et il commence en 1er cycle car à 7 ans, l’ « environnement » a déjà commencé son travail de formatage…
Alors oui, le cours est un sanctuaire et l’enseignant en est le gardien.